Une nouvelle géographie régionale « métropolisée »

La région Provence-Alpes-Côte d’azur compte aujourd’hui 5 Millions d’habitants. Il est difficile de dire combien nous serons en 2030 en raison d’incertitudes sur le modèle de calcul et l’estimation du poids des migrations à venir. Pour autant, nous savons que les choix en termes de logements, d’offre de transports, de services, d’éduction et de formation, d’équipements culturels, sportifs, détermineront largement notre capacité d’attractivité.

94,3% de la population de la région est aujourd’hui urbaine et Marseille-Aix représente derrière Paris la deuxième unité urbaine de France. La concentration des habitants sur le Littoral et le long de la Vallée du Rhône voire de la Durance, les poches de croissance démographique observées ces dernières années sur le Moyen pays, l’intensité des déplacements domicile-travail le long de ces axes, dessinent une carte régionale métropolisée en ancre de bateau.

Cette forme urbaine concentre en effet les principales caractéristiques de la métropole ou plus justement du ou des système(s) métropolitain(s) dont les nombreux travaux sur le sujet nous ont défini les contours :
- Concentration des habitants et des ressources économiques (Pôles de compétitivité et PRIDES…) sur le Littoral et le long de la Vallée du Rhône ; - Gommage des « frontières » entre ville et campagne, en raison du processus d’étalement urbain ;
- Accroissement et densité des déplacements des individus « navetteurs » (c’est-à-dire des habitants qui ne travaillent pas dans la commune où ils résident) et des marchandises ;
- Principe de connectivité des réseaux numériques, de transports… ;
- Fragmentation et spécialisation des territoires (ex : multiplication des Zones d’Activités Economiques, Zones commerciales, lotissements…) ;
- Concentration/fragmentation des inégalités sociales et territoriales selon des caractéristiques hétérogènes (diminution des inégalités entre régions, accroissement des inégalités à l’intérieur des villes et des quartiers…).

Par ailleurs, une grande partie du territoire régional obéit à d’autres phénomènes et présente d’autres enjeux de natures différentes :
- Des espaces naturels emblématiques, symboles d’une identité/attractivité régionale, trame verte, jardins de la biodiversité au coeur des systèmes métropolitains dont certains sont organisés en Parcs naturels régionaux (Alpilles, Luberon…) mais également Massifs des Calanques, Sainte Victoire… ;
- Des territoires ruraux en voie de périurbanisation, sous pression métropolitaine ;
- Des espaces très ruraux/montagnards présentant le risque d’une désertification, par abandon des services publics et rupture du modèle redistributif (tourisme, retraites…) ;
- des territoires toutefois plus homogènes d’un point de vue économique et social que la métropole littorale.

Ils apparaissent comme des territoires aux portes du système métropolitain, porteurs des ressources, en eau, forêt, énergie, agriculture, biodiversité…dont il faut prendre grand soin. D’une certaine façon, ils participent du « modèle de solidarité régionale » (eau, aménités…). Or, on s’attend, à ce que les changements climatiques modifient les spécificités régionales en matière de ressources naturelles et d’activités économiques, jouant sur les formes de solidarités en cours sur notre territoire.

Au nombre des incidences prévisibles figurent un risque croissant d’inondations à l’intérieur des terres, une plus grande fréquence des submersions côtières et une érosion accrue. Dans le sud de la région, directement tributaire des ressources des espaces naturels, ruraux et montagnards, les changements climatiques posent la question de l’approvisionnement en eau, du potentiel hydroélectrique, du tourisme estival et en général, des rendements agricoles.

Cette forme urbaine interpelle les pouvoirs publics et les habitants car elle traduit une forte dualité du territoire régional et de notre modèle de développement qui doit être maitrisé et organisé. Le système métropolitain concentre à la fois une grande partie des ressources économiques et humaines mais également des problèmes que rencontre notre région : - Difficultés de déplacements, risque de thrombose, forte dépendance énergétique ;
- Banalisation des espaces avec un risque de perte d’identité ;
- Conflits d’usage des sols, manque de logements accessibles et spéculation foncière, paupérisation /gentrification des centres urbains et des villages ;
- Mise en danger et fragilisation des espaces « naturels », épuisement des ressources, érosion du trait de cote et accroissement de la vulnérabilité ;
- Concentration de l’activité économique et des emplois, mais également des risques industriels et technologiques, enjeux de l’évolution des activités économiques et des besoins en qualification qui y sont liés ;
- Concentration d’une grande partie de la pauvreté et des inégalités sociales et territoriales ;
- Rejet croissant du modèle urbain ou périurbain actuel, incertitudes sur les conséquences de la métropolisation par les populations, perte de repère de la gouvernance publique (éloignement des citoyens et de leurs élus…), enjeux démocratiques (vote extrême, abstention).

Cette forme urbaine étroitement liée à celle de la mondialisation interroge nos organisations territoriales (Agglomérations, Communautés de communes, Pays…) et les outils de planification locale (SCOT et PLU…) dans leur pertinence et leur aptitude à gérer à eux seuls les enjeux des territoires en prenant en compte leur interdépendance. Pour autant, en tant que bassin de vie, ils sont utiles pour garantir une proximité de dialogue démocratique, pour recréer les limites et les références territoriales dont les hommes ont besoin.